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RENCONTRE/ Annabelle Ténèze

RENCONTRE/ Annabelle Ténèze

Elle a pris les rênes du musée des Abattoirs en septembre 2016, avec modestie et exigence. Elle est la première femme à occuper ce poste et planche sur une première exposition dédiée au Nouveau Réalisme du 2 février au 28 mai 2017. 

Les Abattoirs par choix

Tous ceux qui l'ont croisée soulignent sa spontanéité, son extrême disponibilité et son goût des autres. Annabelle Ténèze (37 ans) reçoit dans un bureau encombré de cartons de déménagement remplis de livres et s'en excuserait presque. Conservatrice d'état du Patrimoine, elle a rejoint le musée des Abattoirs le 12 septembre 2016. Elle succède à Olivier Michelon – parti pour la fondation LVMH à Paris – dont elle avait déjà pris la suite au Musée d'art contemporain de Rochechouart (Limousin). D'emblée, elle confie, « c'est un drôle de moment à vivre. Je suis à la fois triste de quitter un lieu que j'ai vraiment aimé et heureuse d'en découvrir un autre ».

Du Musée Picasso au Musée de Rochechouart

Une nouvelle aventure qu'elle voit comme la synthèse de ses expériences précédentes. Après l'École des Chartes (Paris) et une thèse sur l'art contemporain, elle intègre l'Institut national du patrimoine (la voie royale pour accéder au métier de conservateur). En 2006, elle entre au Musée national Picasso comme responsable des collections d'art graphique. Six ans plus tard, changement de cap : elle prend la tête du Musée de Rochechouart dans le Limousin. Un retour aux sources pour cette native d'Oradour-sur-Glane. Elle y organise des expositions monographiques très remarquées comme celles d'Eduardo Basualdo, Carolee Schneemann ou Laure Prouvost…

« Ces deux musées peuvent sembler aux antipodes l'un de l'autre – le musée Picasso, consacré à l'artiste le plus connu au monde, et Rochechouart, situé au coeur de la campagne limousine. Et, pourtant, ils ne sont pas si éloignés. Dans les deux cas, il faut énormément travailler sur le contenu pour attirer le public ». Un public qu'elle place au centre de ses préoccupations. Car la pédagogie est l'un de ses points forts, qu'elle la pratique avec les étudiants de l'École du Louvre, les artistes ou les visiteurs de musées.

Le musée, un "amplificateur de vie"

Polyvalente, inventive, passionnée, Annabelle Ténèze fait partie de cette nouvelle génération de conservateurs de musées rompue au management, à la recherche en histoire de l'art et à la médiation. « Je me vois comme un chef d'orchestre ou un chef d'entreprise. J'adore travailler en équipe. D'ailleurs, je connais peu de métier où l'on est en contact avec des gens aussi différents : artiste, collectionneur, politique,restaurateur d'art, électricien, scientifique, transporteur, cuisinier, scolaire etc. On pourrait faire une liste incroyable. C'est un métier où l'on prend le pouls de la société ».

Au centre, il y a bien sûr le musée, « un amplificateur de vie », une expression qu'elle répète à l'envi. Un lieu à la fois de réflexion, d'étonnement et d'expérience. Ses goûts la portent vers des créateurs en phase avec le monde d'aujourd'hui. « On trouve une telle profusion de questions et d'émotions dans l'art ! Je ne veux me fermer à aucun médium ni aucune culture afin d'offrir aux visiteurs des points de vue différents. Ma mission est d'accompagner le
mieux possible la rencontre entre les artistes et le public
», dit-elle.

Une première exposition sur le Nouveau Réalisme

Parmi ses premiers grands projets, au printemps, une exposition (initiée par l'ancien directeur Olivier Michelon) sur le Nouveau Réalisme, en lien avec les 40 ans du Centre Pompidou. « Lorsqu'il était galeriste Daniel Cordier – dont la collection a été déposée au musée de manière permanente par le Centre Pompidou – a soutenu plusieurs artistes des nouveaux réalistes, notamment Tinguely, Arman ou César. Cet anniversaire est donc l'occasion de présenter pour la première fois à Toulouse un ensemble d'oeuvres autour de ce mouvement et de l'accompagner d'une exposition monographique de Daniel Spoerri ». Cet artiste, considéré comme le « père du Eat-art », a été peu vu ces dernières années en France. En contrepoint, le jeune artiste Kevin Rouillard interviendra au coeur des collections. « Il est important de coupler les générations pour décentrer le regard », précise Annabelle Ténèze.
Un programme ambitieux, tout en nuances et sensibilité, à son image.


« Autour du Nouveau Réalisme – Les Dadas Des Daniel et Kevin Rouillard »  (les 40 ans du Centre Pompidou)
Les Abattoirs Frac Midi-Pyrénées,
du 2 février au 28 mai 2017
76 allées Charles-de-Fitte
05 34 51 10 60 - lesabattoirs.org

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