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PORTRAIT / Jean-François Zygel

PORTRAIT / Jean-François Zygel

Il sait comme personne rendre les compositeurs et les oeuvres accessibles. Compositeur et pianiste improvisateur, Jean-François Zygel passionne le public avec ses leçons sur la musique classique. Le public toulousain l'accompagne depuis 13 ans et ne boude pas son plaisir.

Adepte des expériences insolites

L'été dernier, il inaugurait le festival « Toulouse d'été » en faisant le portrait de spectateurs en musique. Quelques mois plus tard, il improvisait durant trois heures sur la scène du Théâtre National de Toulouse, dans le cadre de l'installation d'Aurélien Bory Spectacula… Adepte des expériences insolites et festives, le pianiste Jean-François Zygel a donné un nouvel élan à la musique classique en l'ouvrant à l'improvisation et aux arts visuels. À 56 ans, il enchaîne les concerts (près de 150 par an !), enseigne au Conservatoire de Paris, où il a fondé il y a quinze ans la classe d'improvisation au piano, sort un nouveau CD (chez Sony), anime des émissions pour la télévision (« La Boîte à musique » sur France 2) et la radio (« La Preuve par Z » sur France Inter), officie en tant qu'artiste en résidence à la Philharmonie Luxembourg…

Difficile de le suivre. Mais comment fait-il ? « Dormir me fatigue… Et puis je ne me sens jamais aussi bien que sur une scène, devant un public. La scène est un endroit merveilleux. On y est débarrassé du "je", des soucis personnels, des préoccupations sociales, sentimentales ou métaphysiques. Sur scène, seul compte le plaisir d'inventer la musique et de la partager. »

La musique en partage

Ce partage, Jean-François Zygel l'a toujours revendiqué. Héritier d'une tradition juive ashkénaze de la transmission – deux de ses arrière-grands pères étaient hazzanim (cantor de synagogue) en Pologne, il a été élevé « avec l'idée que la chose et le commentaire sont mêlés, comme dans le Talmud », confiait-il au JDD. Le déclic qui l'a conduit à la musique ? « Un petit film qu'on nous avait projeté à l'école primaire, et qui s'intitulait Mozart enfant prodige. On y voyait un enfant blond et bouclé, haut comme trois pommes, qui improvisait à la demande sous les "oh !" et les "ah !" de jolies marquises et d'élégantes duchesses. Le soir, je déclarai solennellement à mes parents que plus tard, comme métier, je ferai Mozart ! ». Une passion jamais démentie qui le mènera au Conservatoire national supérieur de musique de Paris. Il en sortira avec dix premiers prix. Sur sa lancée, il remporte en 1982 le Premier Prix du Concours International d'improvisation au piano de la Ville de Lyon puis intègre l'Orchestre Philharmonique de Radio France.

Des leçons de musique

En 1996, il imagine dans la lignée des Young People's Concerts de Leonard Bernstein enregistrés pour la télévision américaine dans les années 1950, des leçons de musique en public à la Mairie du XXe arrondissement de Paris. Son but : donner le goût de la musique classique en faisant pénétrer le spectateur au coeur des oeuvres. Sa simplicité, sa vivacité d'esprit, son humour et son érudition y font merveille. Avec lui, la musique devient ludique et compréhensible par tous. Un succès couronné par une Victoire de la Musique en 2006. Des leçons qu'il a également dispensées au Théâtre du Châtelet mais aussi à Toulouse, à l'Espace Croix-Baragnon.

Fidèle à Toulouse

Car Toulouse est sa deuxième ville d'adoption. Depuis 13 ans, il s'y produit au moins cinq fois par saison. Son attachement à la Ville rose s'est construit grâce à l'Espace Croix-Baragnon et à son directeur Alain Lacroix,
qui a fait appel à lui en 2004 avant qu'il ne soit connu. « Il sait mieux que personne donner au public non seulement ce qu'il aime, mais également ce qu'il pourrait aimer sans le savoir encore ! » dixit Jean-François Zygel. En février, dans le cadre de ses récitals improvisés, le pianiste rend hommage au grand compositeur russe, Chostakovitch. Comment s'y prend-t-il ? « Je me mets mentalement en relation avec son univers, avec son esprit : c'est un peu du spiritisme ! Lorsque j'étais adolescent, j'étais tellement toqué de la musique de Chostakovitch que ma mère m'avait surnommé Chosta … »

En mars à l'Espace Croix-Baragnon, en décembre au TNT

Mais ses projets toulousains ne s'arrêtent pas là. En dehors de ses concerts d'improvisation à l'Espace Croix-Baragnon, on verra aussi Jean-François Zygel en décembre au TNT pour un grand ciné-concert (il est reconnu comme l'un des meilleurs spécialistes de l'accompagnement de films muets) et des concerts-lecture. « Je suis également en discussion avec l'orchestre du Capitole pour plusieurs "Happy Hours" d'un genre tout à fait nouveau… » Nouveau, comment ? On n'en saura pas plus. Mais on peut lui faire confiance : quand il s'agit de casser les codes, son talent fait merveille.

Jean-François Zygel joue avec… Poulenc
Le 22 mars 15 h 30/18 h 15/21 h - Espace Croix-Baragnon
24 rue Croix-Baragnon