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PORTRAIT / Christian Bernard

PORTRAIT / Christian Bernard

Le nouvel homme fort du Printemps de Septembre. Il tient une place à part dans le monde de l'art depuis plus de trente ans. Christian Bernard est désormais aux commandes du Printemps de Septembre, la biennale des arts visuels de Toulouse. Une nouvelle mouture à découvrir dès le 23 septembre 2016.

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Une vie de passion

Il s'était programmé un destin de professeur de philosophie. Et puis l'art est entré dans sa vie. « J'ai découvert l'art moderne et contemporain pendant mes années de lycée à Strasbourg, à travers le regard des écrivains et poètes du XXe siècle. Guillaume Apollinaire, André Breton, Francis Ponge, leur curiosité émerveillée est devenue la mienne », explique Christian Bernard. Une contagion qui ne l'a plus jamais quitté. En marge de ses études de lettres et de philosophie, il se lance dans une activité de critique d'art et d'organisateur d'expositions. Au point de se faire remarquer.

Le Mamco,grand projet de sa vie

Au début des années 1980, il fait le grand saut. Délaissant son métier d'enseignant, il devient conseiller pour les arts plastiques de la région Rhône-Alpes (1982-1985) et participe à l'explosion de l'art contemporain. « Tout était à faire – c'était le début de la décentralisation – Jack Lang venait d'arriver. L'époque était heureuse et favorable. Il y avait beaucoup de moyens, de désir, tout paraissait simple. Les débats étaient très vifs mais pas dogmatiques, ni autoritaires. Et puis les choses ont changé… »

En 1985, il prend la direction de la Villa Arson, à Nice puis fonde en 1994 le Mamco, le Musée d'art moderne et contemporain de Genève, qu'il dirigera jusqu'au 31 décembre dernier. Le grand projet de sa vie.

La mémoire du festival

Toujours prêt à relever les défis, il revient aujourd'hui à Toulouse,« d'abord par fidélité », dit-il. Appelé par Marie-Thérèse Perrin, présidente-fondatrice du Printemps, après le passage controversé de Jean-Marc Bustamante à la direction de l'évènement, il entend régénérer un festival qu'il connaît bien pour l'avoir dirigé en 2008 et 2009. Deux éditions qui sont restées dans toutes les mémoires. Sous sa direction, jamais le festival n'avait en effet résonné avec autant de force, de poésie et d'esprit aussi. L'installation mélancolique de Claude Lévêque à la Maison Eclusière autour d'un bus vide, plongé dans la pénombre, et d'une chanson triste de Françoise Hardy, chantée par les résidents d'une maison de retraite, est sans conteste l'une de ses plus belles réussites.
« Cette année encore, j'espère retrouver cette émotion collective. Peu importe que l'on ne se souvienne pas de toutes les expositions, j'aimerais qu'on emporte avec soi des émotions puissantes et durables. Il n'y a évidemment pas que cela dans l'art mais il doit y avoir cette capacité à affecter la cité, émouvoir et surtout élargir son champ de vision. »

Un nouveau tournant

Après avoir tout démonté, il a fallu reconstruire. « En changeant le nom,les dates et le périmètre du festival, Jean-Marc Bustamante a perdu un patrimoine identifiant », explique Christian Bernard. Sa principale mission a donc été de « redonner au Printemps sa géographie à l'échelle de l'agglomération, en dépassant l'hyper-centre et en associant, à nouveau, le plus d'acteurs possible ». Fini le « Off » : ce sera le printemps pour tous, sans hiérarchie. En septembre dernier, son premier geste a été de lancer un nouveau lieu pérenne, l'Adresse, au 2, quai de la Daurade, à proximité de l'école des beaux-arts (ISDAT). « À la fois bureau et galerie, l'Adresse a été pensée comme un complément. Ouvert toute l'année, le lieu montre les coulisses du festival mais aussi des projets spécifiques avec des rendez-vous réguliers. »

Une édition 2016 "Comme un opéra disséminé dans la ville"

Désormais devenu biannuel, le festival renoue avec sa période d'origine et ouvrira le 23 septembre dans une vingtaine de lieux à Toulouse et en région. En mêlant expositions, installations, performances mais aussi spectacles et « soirées nomades », le nouveau directeur souhaite proposer différentes séquences qui se répondent les unes aux autres. « Comme un opéra disséminé dans la ville », dit-il. C'est ainsi que le musée des Augustins accueillera la célèbre collection d'art contemporain de la fondation Cartier tandis qu'au musée Paul Dupuy,Charles Esche, le directeur du Van Abbemusuem à Eindhoven, concevra une exposition à partir des collections publiques de Toulouse. Parmi la quarantaine d'artistes invités, on annonce Stan Douglas, Raphaël Zarka, Aurélien Froment, Hans Op de Beeck, Eva Kotatkova ou encore Claudia Comte. Un festival pensé comme un cheminement de découvertes et d'expériences. « Ce qui m'intéresse, c'est l'horizon de l'action », aime-t-il à répéter. Rien de plus stimulant.

Infos pratiques

Printemps de septembre
Du 23 septembre au 23 octobre - Divers lieux
printempsdeseptembre.com

Notre page sur le festival


L'Adresse du Printemps de septembre
2, quai de la Daurade
Tél + 33 (0)5 61 14 23 51
Entrée libre et gratuite dans la limite des places disponibles.

Article paru dans le magazine "à Toulouse" été 2016