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PORTRAIT/ 100TAUR mythologie, mi-nature

PORTRAIT/ 100TAUR mythologie, mi-nature

Plasticien touche-à-tout et artisan, le Toulousain Nicolas Giraud - alias 100TAUR - produit une oeuvre onirique et fantasque. Après avoir représenté Saint-Dominique sur le Couvent des Dominicains, il est à l'affiche de l'exposition Subcultures ? en avril à l'Espace Croix-Baragnon et la Nuit des Musées le 21 mai 2016 au Musée des Augustins.

Un atelier

Son atelier est à son image : foisonnant, précis et chaleureux. Ici, une table à dessin encombrée d'outils, de peintures et pinceaux rangés par taille et par fonction. Là, l'espace graff et ses nombreuses bombes. Dans un coin, des dizaines de figurines de héros des années 80 sont soigneusement installées dans une vitrine. On se laisse aussi surprendre par des plumes, des os, des crânes, des animaux naturalisés, des hameçons, des bouts de nature divers récoltés au fil des promenades. À quelques pas de la trentaine, 100TAUR rappelle ces enfants à la curiosité
débordante et à la soif de comprendre la nature. « J'ai toujours besoin de poser des questions, de toucher à toutes les techniques et d'aller au bout ». Et de dessiner, tout le temps. « Très tôt, j'ai compris que je ne m'arrêterai pas »,dit-il. C'est aussi très jeune qu'il dévore les livres, des romans fantastiques ou des BD, des livres de médecine trouvés dans la maison familiale de Montauban.

Un artisan

Inscrit en école de communication visuelle, il abandonne car « vendre des choses et répondre à un cahier des charges ne m'intéressait pas ». Après une année aux Beaux-Arts, la rencontre avec Marc Dautry, figure de la gravure, est déterminante. Avec lui il trouve des réponses et un mentor, « il envisage l'art de façon classique, proche de l'artisanat ». Perfectionniste et travailleur, son rapport acharné à l'oeuvre le rapproche en effet d'un artisan. « La réflexion permanente, le fait de tâtonner est très important. D'abord je suis en mode écriture automatique, puis j'analyse et je vais jusqu'au bout de l'idée ou je la laisse au fond d'un carnet quelques années ».

Une oeuvre en forme de bestiaire

La nature traverse toute son oeuvre, vaste bestiaire coloré, onirique et surréaliste : bébêtes qui font peur, limaces aux yeux multiples, chimères indescriptibles, monstres informes et gluants, animaux à l'air méchant… Ils tranchent avec le personnage tout en douceur et humilité. Sa fascination pour la nature et pour les mythologies du monde nourrit son oeuvre comme les fresques du lynx, de l'ours et du loup, au rez-dechaussée du Muséum de Toulouse. Des créations hétérogènes mais toujours liées au mouvement low-brow (ou pop surréalisme), culture populaire underground née aux États-Unis, en marge des circuits académiques. Les influences de ces oeuvres sont foisonnantes : littérature fantastique, personnages de fiction, mythologie grecque, livres d'anatomie. De Bob l'éponge aux films de Murnau, de Centaure aux Chevaliers du Zodiaque, d'Edgar Allan Poe à Star Wars.

Une fresque de Saint-Dominique

Les oeuvres qu'il expose à Londres, à Paris, aux États-Unis  et au printemps à Toulouse à l'Espace Croix-Baragnon dans l'exposition collective Subcultures?  puis en mai au Musée des Augustins à l'occasion de la Nuit européenne des Musées, combinent de multiples techniques. 100TAUR aime les découvrir dans une exploration vertigineuse : dessin, sculpture, gravure, sérigraphie, taxidermie…Chacune d'entre-elles révèlent une facette de l'artiste. Parmi elles il y a le graff, bien qu'il ne se revendique d'aucun mouvement street art « c'est un outil, le support change et permet de s'exprimer autrement ». Par le graff, Nicolas Giraud s'est retrouvé dans l'aventure peu commune, pour la réalisation d'une fresque sur le Couvent des Dominicains (quartier Rangueil)  à l'occasion de la célébrations des 800 ans de l'ordre des frères prêcheurs fondé par Saint-Dominique en 12153. « Les frères ont entendu parler de mon travail et de mon intérêt pour la mythologie et la religion dont j'utilise les symboles. » Le défi était de taille : représenter Saint-Dominique sur 100 m2. « J'ai fait le choix de ne pas montrer son visage et j'ai travaillé avec de grandes zones d'aplats, à la peinture et à la bombe. Ils étaient ravis de cette
représentation contemporaine de leur Saint. Moi j'ai découvert un ordre d'une grande culture artistique
». Une jolie rencontre pour celui qui rêvait, enfant, « de créer et d'être utile ».

Aller + loin

www.100taur.fr