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Pierre Rougean. Profession : réalisateur

Les métiers cachés de la culture # 9

Pierre Rougean. Profession : réalisateur

Pierre Rougean. Musicien, réalisateur et directeur artistique, entre autres, Pierre Rougean est la souris de l'ombre des Cats on Trees, mais aussi des Dodoz, de Noir Coeur ou de Rodolphe Testut. Alors que les premiers sont nommés aux Victoires de la musique, et que sa structure, membre du Cluster MaSphère rejoint le Metronum, rencontre avec ce passionné au flair aiguisé, qui a pour talent d'entendre dans le présent ce que nous pourrions écouter à l'avenir.

Les métiers cachés de la culture : Ils ne brillent pas sur scène mais sont indispensables aux arts et à la culture, aux salles ou aux artistes. Tous les mois, partons à la rencontre de ces métiers de l'ombre.

© Patrice Nin - Ville de Toulouse

Il ne faut pas avoir écouté la radio, ni s'être baladé sur Youtube  depuis l'automne dernier pour ignorer l'existence de Cats on Trees. Depuis la sortie de l'album Sirens Call,  le duo toulousain cartonne sur scène et dans les médias nationaux. Des premiers concerts sur les scènes toulousaines à leur nomination aux Victoires de la musique ( le 14 février)   le parcours a été long et sinueux et accompagné par Pierre Rougean :  des premiers conseils artistiques à la négociation avec la maison de disque Tôt ou Tard.

La quarantaine et le CV bien rempli : musicien, auteur, compositeur, interprète, réalisateur, éditeur ou négociateur sur une trentaine d'albums,  Pierre Rougean est un incontournable de la musique toulousaine depuis la belle époque de Statics, son succès pop.  Prises rapides, la structure dans laquelle il assure la direction artistique, fait partie des 14 structures du cluster MaSphere, associé à la nouvelle scène le Metronum.
Parmi ses groupes poulains, Le Common Diamond, Noir Cœur,  YAA, Alone with everybody, Clémentine ; dans une esthétique rock The Florentines et The Gabelt ; et en chanson : Jules Nectar ou Rodolphe Testut.
Bref, lorsqu'un groupe remporte un tremplin musical ou une sélection régionale, l'ancien ingénieur en écologie  n'est jamais très loin et n'y est pas vraiment pour rien.

Comment êtes-vous devenu réalisateur ?

Il y a 20 ans je faisais des chansons dans mon coin, avec Statics. Des gens de maison de disques ont aimé et j'ai signé chez Sony music France (ensuite avec BMG puis Universal Publishing) . Autour de cela, il y a eu ce que j'appelle tout le contexte affectif et la reconnaissance, avec le buzz des médias nationaux : Télérama, Libé, France Inter..
J'ai aussi signé le projet Milo chez Naïve.  Maintenant, j'ai un interlocuteur dans chaque maison de disques et nous  écoutons mutuellement les projets en cours, c'est un vrai atout. Il y a une relation de confiance et de  conseils respectifs. Et puis c'est assez normal que lorsque des gens ont la même sensibilité, ils se retrouvent sur les  artistes ou les mêmes projets.

Comment travaillez-vous ?

D'abord, en  contrepartie de cette relation de confiance, quand je vais présenter un  projet, il y a au préalable un an de boulot pour présenter quelque chose de parfait. La plupart des gens croient que je prends un CD et que je vais à Paris le vendre à une maison de disque en prenant une commission, mais ce n'est pas du tout cela !
Je sors voir des concerts, je recevais des maquettes, je reçois désormais des mails avec des liens, environ 200 projets par an. Lorsque je travaille avec un groupe, l'idée est de savoir où nous allons, dans quel univers, ce que le groupe a  à dire, comment nous y allons. J'élimine des chansons, ou je peux ne garder qu'une mince partie d'une autre, rajouter des instruments, etc. C'est un travail de longue haleine.

En quoi consiste le métier de réalisateur ?

Il y a deux cas de figures. Le projet peut être une autoproduction avec un label indépendant. Dans ce cas, le réalisateur, à la demande de l'artiste, dirige l'enregistrement en studio.  Mais pour la majorité des cas,  pour des projets grands ou petits, il y a une maison de disques. Lorsque l'on veut faire un album, le premier poste fixé entre l'artiste et la maison de disque est celui du réalisateur, qui sera l'interface entre les deux.  Soit la maison de disque le choisit, soit l'artiste le propose.
Le réalisateur met en œuvre la suite : il choisit le studio, la période d'enregistrement, les musiciens supplémentaires  et guide les artistes dans leurs hésitations. Il est responsable du planning et du budget. Il doit rendre le projet en temps et en heures, c'est un vrai stress et donc une vraie prise de risques.

Est-ce plus difficile aujourd'hui de voir aboutir un projet ?

Aujourd'hui de plus en plus de projets sortent, dans tous les genres,  avec de multiples croisements. On remplit de plus en plus de «  niches » et il y a de plus  en plus de choses. Il y a une sorte d'homogénéisation aussi parce qu'en musique, il n'y a que 8 notes, et  tout commence à se ressembler. Il y a peut être moins de place pour les gens barrés ou originaux,  et à l'inverse, certains percent sur internet et les maisons de disques s'en emparent.

http://www.pierrerougean.com