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Les Jacobins font peau neuve

Les Jacobins font peau neuve

Afin de stopper les dégradations naturelles subies par l'ensemble conventuel des Jacobins, une restauration d'envergure a été lancée par la Ville il y a deux ans. Visite guidée et reportage.

 

 

Un jeudi matin comme les autres. Les élèves de Fermat bavardent sur le parvis de l'ensemble conventuel des Jacobins, tournant le dos à  l'impressionnant édifice. Devant l'entrée, l'architecte de la Ville Georges Pech a rendez-vous avec les entrepreneurs pour sa visite de chantier habituelle. La grande rénovation touche à sa fin. « Nous sommes dans la 3e et dernière tranche », annonce l'architecte. Témoin de la vie monastique des ordres mendiants et de l'art de bâtir dans le midi de la France aux XIIIe et XIVe siècles, le Couvent – déjà très altéré – avait partiellement été restauré au XIXe.

Quand les murs ont servi d'éponge...

Aujourd'hui, c'est l'architecte en chef des monuments historiques, Bernard Voinchet, qui supervise les travaux du patrimoine classé.
Le problème majeur du monumental ensemble ? L'humidité. L'eau s'infiltre partout. Au ras du sol extérieur en galets de Garonne, les briques foraines noircissent et se font grignoter par les mousses et les lichens. Sur les toits, même constat : des figuiers y ont élu domicile ! « Cerné de bâtiments en béton et situé sur une nappe phréatique peu profonde, l'église s'est enfoncée et ses murs à l'ancienne ont servi d'éponge », explique Georges Pech. Résultat : les parois intérieures, rendues friables, se délitent, et les peintures, lessivées, s'altèrent et s'effacent. « À la base des murs, de petits trous espacés tous les 10 cm ont été percés, puis une résine spéciale y a été injectée afin de constituer une barrière étanche », montre l'architecte, ajoutant que toute l'étanchéité pluviale des toitures a été revue. 

La sacristie transformée en accueil

À peine passée la porte de l'église, au pied du majestueux palmier, le silence remplace le brouhaha de la ville. Posée dans les travées de l'église depuis vingt ans, une guérite sert encore d'accueil de fortune au musée. Mais plus pour longtemps. Dans l'ancienne sacristie, les ouvriers sont à pied d'oeuvre ; c'est ici que se fera le nouvel espace d'accueil. La salle est en piteux état.
L'électricité passe par de grossières goulottes, et l'armoire électrique apparaît telle une verrue au milieu du visage.La sacristie « attend » depuis le XIXe siècle sa remise en valeur : plafonds-voûtes en bois peint et enduits du XVIIe seront restaurés et restitués partiellement à l'identique, et un sol définitif en terre cuite sera enfin posé.

La ruelle et le parvis repavés

« Pour éviter l'effondrement des peintures, on doit d'abord stabiliser les enduits, analyse Isabelle Lafitte, la restauratrice de l'Atelier d'Autan. C'est pourquoi on érige des solins – petits supports à la chaux –qui empêchent le décollement de la couche picturale. » Même le mobilier, tel ce chasublier décati entreposé là, sera retapé. Côté vitraux, un appel à concours de maîtres verriers devrait être lancé ce mois-ci.En empruntant le passage extérieur,on accède à la nouvelle sacristiepour le culte, entièrement reconstruite sur les vestiges de la chapelle. « Après la réfection de l'évacuation pluviale, commente Georges Pech, le sol de la ruelle, tout comme celui du parvis, sera repavé en grès afin d'en permettre l'accès aux personnes à mobilité réduite. »

 

Le réfectoire, salle d'expo top niveau.

Direction la salle capitulaire. « Plusieurs mises en décors s'y succèdent : un reste d'ornement du XIVe siècle gravé (pareil à une auréole), un 
faux appareillage du XVIe qui cohabite avec des panneaux figuratifs du XVIIIe, décrit Isabelle Lafitte. On a choisi d'enlever ceux du XIXe pour
révéler les ‘‘fausses briques dessinées'' du XVIe. Et on a réalisé des patines et badigeons d'harmonisation sur les grandes zones lacunaires afin que les intégrations ne soient pas visuellement dérangeantes ! » La superbe voûte étoilée du XIVe a aussi complètement été restaurée.
Même technique dans la chapelle Saint-Antonin. Utilisée pendant presqu'un siècle comme écurie,la petite église a fortement souffert des  emontées d'ammoniaque liées à l'urine des chevaux. « Il a fallu consolider les enduits fragiles pour protéger les trois registres peints du XIVe qui représentent la vie du Saint dans les parties basses et illustrent la Bible, un peu à la manière d'une BD. » 

Un décor datant de la construction de l'église

Dernière étape de la visite : le réfectoire, autrement dit la salle muséographique des Jacobins.Ici, les échafaudages et les sacs de pigments n'ont pas encore été enlevés. Même si le chantier est en passe d'être achevé. Les murs, refaits à l'ancienne, sont impeccables ; exception faite de quelques remontées d'humidité ci et là qu'il reste à régler. « Dans l'une des niches, on a retrouvé ce seul décor datant de la  construction de l'église », dévoile la restauratrice.« Dans cette salle, les diverses gaines nécessaires à une muséographie moderne (éclairage, bornes interactives, etc.) ont été dissimulées dans les murs, poursuit l'architecte de la Ville. Quand on aura fini, cela va être une salle d'expo top niveau ! » Digne de ce lieu d'exception.
 
Calendrier : 2011-fin 2013.
Coût total (2008-2013) : 4 338 000 euros ; avec les travaux effectués en 2008-2010 pour stabiliser clocher, baies, balustrades et refaire l'étanchéité des toitures.